Les Bodin’s, les gars de la Maria

La Nouvelle République


6 juillet 2014

La Nouvelle République

Vingt ans qu’ils sont en duo, dix ans qu’ils jouent à guichet fermé leur spectacle “ Les Bodin’s grandeur nature ” dans une ferme de Descartes en juillet. Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet, c’est Audiard à la ferme.


Nature, ils le sont. Le succès n’a pas tourné la tête à ces deux-là. D’ailleurs, avec leur racine rurale qu’ils assument et revendiquent, Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet se feraient lyncher par leur entourage s’ils se comportaient en stars hautaines et mondaines.
Ils sont comme ça, en toute simplicité, les deux compères des Bodin’s, alias Maria (jouée par Vincent Dubois), vieille fermière au caractère bien trempé, et Christian (joué par Jean-Christian Fraiscinet), un vieux garçon naïf. Ils savourent le succès, et s’en étonnent. Honnêtement.

Jean-Christian Fraiscinet (alias Christian, le fils), et Vincent Dubois (alias la Maria, la mamie autoritaire), dans leur ferme de Descartes qui leur sert de décor et de scène. - (Photo NR, Xavier Roche-Bayard)

" L’esprit urbain des brèves de comptoirs, mais à la campagne "

Voila dix ans que vous jouez ce spectacle « Les Bodin’s grandeur nature » dans cette ferme près de Descartes…

Vincent : « Oui, et c’est complet tous les ans, sans affiche et sans tract. Les places se vendent en trois semaines, dès le mois d’octobre ! Comme dit la Maria, grâce au bouche à orteil ! On n’imaginait pas que ce spectacle nous amènerait si loin.
« On a une belle équipe, 120 bénévoles qui se relaient tout juillet. Ce sont des compagnons de théâtre, des amis, qui veulent connaître les coulisses d’un spectacle. Au départ, on voulait le jouer en salle. Lors d’un son et lumière vu à Loches, on s’est dit qu’une ferme serait un endroit magnifique.
« On a mis trois ans pour écrire le texte. La première année, en 2005, on jouait dans une ferme plus petite, avec 500 places. On ne s’attendait pas à ce que cela marche. Nous avons demandé à la mairie de Descartes de nous trouver une autre ferme, qu’on loue le temps du spectacle. »

Jean-Christian : « Elle nous sert de décor. Depuis 2006, nous y avons fait des travaux, nous pouvons accueillir 1.000 personnes chaque soir. Cette ferme, c’est notre récréation de l’été. Nous sommes une dizaine de comédiens sur scène, alors qu’en tournée, on est deux. En septembre, on reprend la route avec notre tournée " Retour au pays " ».

Vincent : « Quand j’y pense, " Les Bodin’s grandeur nature ", c’est 270.000 spectateurs en dix ans ! Et, l’an passé, on a refusé 10.000 places… »

Vous êtes conscients que vous êtes perçus comme des enfants du pays ?

Vincent : « Oui. Jean-Christian est berrichon, de Valençay (Indre). Ses racines sont très proches des miennes, tourangelles. Nous avons eu la même enfance à la campagne. Moi, j’ai grandi à Abilly et j’ai travaillé comme ambulancier à Descartes, il y a trente ans. Les gens connaissaient mon père, Robert, qui travaillait à la poste de Descartes ».

Comment qualifier l’humour des Bodin’s ? Y a-t-il une filiation avec Les Vamps, autres comiques lochois ?

Vincent : « Nous comparer aux Vamp ne nous vexe pas, ce sont des copines. Mais ce serait donner une mauvaise information. Nous, on est plus Deschiens. Jean-Christian vient du conservatoire de Tours, du théâtre classique, scénarisé, du comique de situation. Après, notre griffe, ce sont les expressions à la Bodin’s que certains journalistes ont qualifiées de dialogue " audiardesque ". On adore cette comparaison ! »

Jean-Christian : « Ce n’est pas de l’humour régionaliste, ni patoisant. Nos personnages sont des ruraux, mais ne parlent pas de la ruralité. C’est la confrontation de leur monde avec la modernité qui fait naître cet humour. C’est dans l’esprit urbain des brèves de comptoirs, mais à la campagne. »

Vincent : « Pour " Les Bodin’s grandeur nature ", nous apportons des changements dans le texte. Nous l’actualisons. On a des animaux dans le spectacle. On adapte leur nom en fonction de ce qui se passe. On a les chèvres Ségolène et Carla, une vieille bique qui ne donne plus de lait Bernadette et un bouc ardent DSK… »

Pas de promotion, pas de plateaux TV. Comment expliquez-vous ce succès ?

Jean-Christian : « On a commencé il y a vingt ans dans des salles des fêtes. D’année en année, le public a grandi. Nos DVD se sont tout de suite vendus. On n’a pas été médiatisé et on a vu que les gens avaient plaisir à nous faire découvrir, du fait qu’on ne passait pas à la télé.
« Mais on a fait Drucker, le Grand Journal de Michel Denisot. On n’est pas des comiques récurrents à la télé comme Gad Elmaleh ou Laurent Gerra. »

Vincent : « C’est curieux, maintenant, les médias viennent nous voir pour traiter le fait qu’on a du succès et qu’on n’a pas été médiatisé ! Dany Boon, par exemple, c’est un copain. On a commencé en même temps. Il est sur le cul de voir notre parcours, de voir qu’on remplit des Zénith ! On ne met pas une croix sur les médias. On a les avantages des stars sans en avoir les emmerdes ! »

Jean-Christian : « Je crois que les gens aiment le bon sens des personnages des Bodin’s. Ce bon sens, on le doit à notre éducation à la campagne. Et puis, les relations entre La Maria et son fils sont un sujet inépuisable. Ça parle à tout le monde… »