Tiens, voilà des Bodin’s

Direct Matin Bordeaux 7


25 mars 2014

Direct Matin Bordeaux 7

Une fois n’est pas coutume, le spectacle du duo Les Bodin’s n’affiche pas complet plusieurs mois avant son passage. Mais il en approche ! À la veille de leur date du vendredi 11 avril à la Patinoire Mériadeck, retour sur un phénomène en compagnie de Vincent Dubois, alias Maria Bodin.


On vous voit peu à la télé et, pourtant, vous cartonnez partout où vous passez. À quoi est-ce dû, selon vous ?


En fait, la première explication, c’est que notre duo a vingt ans cette année. Vingt ans au cours desquels on a réussi à fidéliser un public qui nous suit de spectacle en spectacle. La non-médiatisation, ce n’était pas une volonté de notre part mais on s’est dit qu’on pouvait s’en passer à condition de se retrousser les manches. Et ça a payé. Avec Jean-Christian [Fraiscinet, qui joue le fils, Christian Bodin, ndlr], on n’a pas forcément fait ce métier pour être des people mais, plus simplement, pour faire plaisir au public.

À la décharge des médias, nos spectacles sont surtout des pièces de théâtre, ce n’est pas facile d’en sortir un extrait hors contexte. Même si, depuis le dernier, il y a quelques morceaux façon sketches qui peuvent passer en télé. Comme « Face de bouc pour les nuls », où Maria explique les réseaux sociaux avec ses mots : il dépasse les 6 millions de vues sur YouTube !



Vos deux films y sont aussi pour quelque chose, non ?


Un peu, certainement. On en est au 6e spectacle, tandis qu’il n’y a eu que deux films, qui n’ont pas fait des millions d’entrées. Cela dit, le premier, « Mariage chez les Bodin’s », sorti en 2008, a réuni 150 000 spectateurs en salles, alors qu’il avait été tourné en six jours, avec peu de moyens, un peu façon « Strip-tease » [la série documentaire de France3]. Ce qui, cette année-là, en a fait le deuxième film le plus rentable après... « Bienvenue chez les Ch’tis » !



Vous vous attendiez à durer vingt ans en restant toujours sur le même créneau ?


Vraiment pas ! Je crois qu’on s’est bien trouvés, Jean-Christian et moi. Bien que venant d’univers différents, on est très complémentaires. Lui est issu d’un conservatoire, un parcours de théâtre classique ; moi, je viens du café-théâtre et du monde de la musique. Lui a la patte pour dérouler la trame d’une histoire, moi je m’occupe plus des dialogues, des expressions à la Bodin’s. Le fait d’être sur la même longueur d’ondes a généré ce style bien à nous. On n’a très peu été influencés par les autres humoristes, nos sources d’inspiration viennent plutôt du cinéma – on a été bercés aux « Tontons flingueurs » et autres dialogues d’Audiard.


Finalement, en vingt ans, on s’aperçoit que la source ne se tarit pas. Au-delà des situations cocasses d’un duo mère-fils, nos Bodin’s ruraux continuent de se mêler de tout et ont toujours un mot à dire sur l’actualité, les médias, les nouvelles 
technologies. Cette confrontation à la modernité offre des possibilités de décalages infinies. D’ailleurs, dans le dernier spectacle, on se garde des espaces d’improvisation pour Maria et ses avis sur tout, façon « Brèves de comptoir ». Le public est très friand de ça.



Justement, parlons du spectacle : « Retour au pays », ça raconte quoi ?

Eh bien, on reprend la saga où on l’avait laissée : après avoir épousé la cantinière du village, Christian était parti travailler à Paris. Au début du spectacle, Maria, qui souffre de la séparation, décide de le faire revenir. Elle va même jusqu’à simuler d’avoir la maladie d’Alzheimer et d’être à l’article de la mort. Finalement, elle est obligée de monter un stratagème en prétendant qu’il faut qu’il revienne pour qu’elle lui lègue la ferme familiale...


Presque un synopsis de ciné, cette fois...


Oui, c’est vrai. Sans nous en rendre compte, notre expérience du cinéma a influé sur le style, le rythme, la construction de la pièce. Les scènes sont plus courtes, avec des chutes précises. Et puis, comme pour un film, on a voulu que ce soit un spectacle vraiment autonome. Qu’il contente les fidèles, heureux de retrouver leurs personnages, leurs points de repère, mais qu’il ne déroute pas les gens qui découvrent. Et puis, en mettant l’accent sur cette confrontation avec la modernité – et en mettant plus de vidéos sur Internet –, on brasse vraiment tous les âges. L’autre fois, j’ai rencontré une mamie de 104 ans et un enfant de 4 ans qui connaissait nos répliques par cœur !



Quatre ans qu’il tourne déjà ! Quid de la suite ?


Oui, en tout, on l’aura joué 800 fois, c’est énorme. C’est pour ça qu’on s’est dit que, pour finir, on terminerait par une tournée de grandes salles avec un final début 2015 à l’Olympia à Paris. Pour que tout le monde ait la chance de le voir avant la suite... Un autre spectacle, certainement. On est très sollicités pour un 3e long-métrage mais notre priorité, c’est la scène, c’est ce qu’on aime faire.



Je crois savoir que Bordeaux a une signification particulière pour vous...

Oui, on a toujours adoré le public bordelais, très fidèle. On en garde aussi un souvenir ému depuis notre passage en 2008. On a reçu tout un groupe du staff médical des Girondins, qui nous a dit que toute l’équipe était folle des Bodin’s, qu’elle regardait nos DVD, le film en particulier, dans l’avion lors des déplacements. Au début, on a cru que c’était une blague, et puis on a reçu des invitations pour aller aux matchs et le staff technique s’est mis à se prendre en photos dans des stades européens avec notre DVD et à poster ça sur Facebook ! Ça nous touche vraiment beaucoup : Jean-Christian et moi, on est fans de foot depuis tout jeunes, alors à chaque fois qu’une nouvelle photo est postée, on est excités comme des gamins de huit ans ! • 


Recueilli par Sébastien Le Jeune