À l’occasion du passage des Bodin’s au parc des Expos de Tours, du 6 au 9 novembre, pour fêter les 30 ans de leur carrière, ICI Touraine revient sur la Genèse du rôle de Maria. Un personnage que Vincent Dubois a joué pour la première fois en 1989, à Tours, bien avant la formation du duo.
Françoise s’en rappelle comme si c’était hier. Avec son mari, elle gérait le restaurant-spectacle « Le Petit Québec » dans le Vieux-Tours, entre 1987 et 1989, et elle a vu éclore le rôle de Maria Bodin, « un heureux hasard », comme elle dit. « À cette époque, on avait un chanteur de blues sur scène, qui s’appelait Edmond, et qui avait pour habitude de clôturer la soirée en faisant monter quelqu’un du public pour un petit duo improvisé ». Un soir, c’est Vincent Dubois, un habitué des lieux avec sa compagne, qui est choisi. « Et ça fonctionnait très bien ! »
Bluffée par sa voix, Françoise lui fait une proposition. « On est fin 88 ou début 89, je ne sais plus exactement, et je lui demande s’il n’aurait pas du temps pour se produire chez nous quelques soirs, car je savais qu’il était ambulancier. Il accepte. » C’est le début d’une histoire qui va durer six mois.

« Ça faisait rire tout le monde »
Après plusieurs représentations, sans prévenir personne, Vincent Dubois introduit dans son spectacle un petit sketch. Il joue le personnage d’une vieille dame sur un solex, inspirée d’une personne âgée à Abilly, le village du sud-Touraine dans lequel il a grandi. « Il se mettait à califourchon sur une chaise, il avait fabriqué un petit truc en carton pour donner l’impression qu’il était sur un vélomoteur. Il avait aussi un casque d’aviateur et des lunettes. C’était vraiment balbutiant et artisanal. Mais ça faisait rire tout le monde, nous les premiers, alors on l’a laissé faire. »
Et c’est Richard, l’époux de Françoise, qui le pousse à poursuivre dans cette voie. « On mangeait régulièrement ensemble le soir. Et une fois, je lui dis : ‘Écoute, tu as quelque chose entre les mains. Oui, tu chantes très bien, mais c’est vrai que, dans des soirées où les gens ont mangé, sont un peu fatigués de leur journée de travail, quand tu fais de l’humour, tu réveilles la salle. Et quand ils s’en vont, ils sont heureux. Ils le sont aussi quand tu chantes. Mais ce n’est pas la même chose.’ Et il a de plus en plus intégré ces moments d’humour dans son spectacle. »
Lorsque le couple quitte Tours pour le Canada, à l’été 1989, les aventures de Maria au « Petit Québec » de Tours s’arrêtent net. Mais Françoise et Richard restent en contact avec Vincent Dubois, qui les invite, quelques années plus tard, pour une représentation à Colmar. « On s’est trouvé professionnellement à être en Alsace, l’espace de quelques instants, donc c’était l’occasion de le revoir. » Le jeune artiste est seul sur scène et la mécanique est la même que dans la salle tourangelle, à la fin des années 80. « Il était sur un vrai solex, cette fois, et le personnage s’était étoffé. Là, on a vu qu’il pouvait faire quelque chose de vraiment intéressant par la suite. »
Françoise et Richard « admiratifs » de la carrière de Vincent Dubois
La suite, justement, c’est la rencontre de Vincent Dubois avec Jean-Christian Fraiscinet, en 1994. Les Bodin’s prennent forme et Maria y trouve une place toute naturelle. Mais Françoise et Richard, repartis en Amérique du Nord, sont encore loin d’imaginer que cette mère au fort tempérament et son benêt de fiston vont devenir célèbres. Ce n’est que lorsque M6, avec qui les Bodin’s nouent un partenariat, les contacte pour avoir quelques photos d’archives qu’ils se rendent compte du phénomène. « On doit être en 2016 ou 2017 ». À leur véritable retour en France, dans la région angevine, ils en mesurent encore un peu plus l’impact. « Vincent nous avait invités au Zénith de Nantes. On était arrivé un peu en avance et on voyait les gens arriver par centaines. Et sincèrement, on s’est dit : ‘Mais, ils viennent voir Vincent !’. C’est vrai qu’on touche du doigt, à ce moment-là, la passion que ressentent les gens pour les spectacles que les Bodin’s proposent. »
Et d’une certaine façon, les anciens gérants du « Petit Québec » y sont pour quelque chose. « C’est vrai que quand tu vois le succès que Vincent connaît aujourd’hui, il fait des films, des spectacles, on se dit qu’on a une petite part, sourit Richard. Mais le gros du travail, c’est lui. Il a découvert quelque chose et il n’a pas fait comme beaucoup de gens qui ont un rêve et qui passent à côté lorsque les difficultés s’élèvent. Il a pu le réaliser. » Françoise acquiesce. « Et il est resté quelqu’un de simple et d’authentique, s’empresse-t-elle d’ajouter. Je pense que c’est ça dont on est le plus fier, de voir qu’il n’a pas été bouffé par l’industrie, par le showbiz. Ça nous rend admiratifs et heureux. »

