Les Bodin’s, gentils rats des champs, se donnent en spectacle à Rouen


19 avril 2022

Leur spectacle culte « Grandeur Nature » les a menés des salles des fêtes d’Indre-et-Loire aux plus grandes salles de France, puis à l’écran. Entre la sortie en DVD des « Bodin’s en Thaïlande » et la reprise de leur tournée, le duo est plus survolté que jamais. Rendez-vous au Zénith de Rouen du 15 au 17 avril 2022.


C’est une aventure rare : initialement joué tous les étés chez eux dans le pays de Tours, « Grandeur nature » est depuis 7 ans à l’affiche des Zéniths, et cette dernière saison de représentations pour ce spectacle-charnière dans la vie du duo est l’occasion d’un double entretien avec Vincent Dubois (Maria Bodin) et Jean-Christian Fraiscinet (Christian Bodin).

© Valery Joncheray

Que ressentez-vous à l’approche de la dernière salve de dates de ce grand succès qu’est « Grandeur nature » ?

J-C Fraiscinet : « La dernière date, ça sera à Nantes en avril 2023. C’est en effet la dernière saison. On continuera à le jouer chez nous, l’été. Il a été monté pour les Zéniths à l’occasion des 10 ans de sa version plein-air. Le spectacle est constamment mis à jour, c’est pour ça que les gens reviennent le voir. »

Vincent Dubois : « Ce n’est pas une mince affaire. On est excités de passer à autre chose, mais c’est un deuil. Le dernier salut de la dernière date va être un moment qu’on appréhende… »

De quelle façon votre voyage en Thaïlande a-t-il marqué votre duo ?

JCF : « D’habitude, on tourne nos films en autarcie, dans notre petit univers. Le concept ici était de confronter nos personnages à une autre culture. Notre production avait des appuis là-bas, on y est allés 2 / 3 semaines en amont. Le pays est tellement cinématographique ! Et les Thaïlandais sont si gentils… Le rire est né de ce décalage. »

VD : « Oui, la Thaïlande nous a épatés. On vit des choses tellement incroyables depuis 30 ans tous les deux… On se dit que tout est possible. On place la barre de plus en plus haut, on avance en artisans passionnés. On n’attend qu’une chose, c’est de pouvoir y retourner ! »

Qu’est-ce qui, à vos yeux, va révéler qu’une idée est bonne pour une histoire des Bodin’s ?

JCF : « On ne part pas sur une idée précise. On se donne des pistes, des principes, des lignes, qui n’ont rien à voir entre elles, on en fait des synopsis, et le meilleur se dégage de lui-même. Il faut à la fois surprendre les gens qui nous connaissent bien, et être compris par ceux qui ne nous connaissent pas. Il faut une logique de narration. La Thaïlande, par exemple, on a vraiment réfléchi à ce que ça soit cohérent dans l’univers. »

VD : « Les comédies naissent des drames. Il faut que les personnages soient bousculés, malmenés ; il faut quelque chose de tendu. Sinon le rire n’arrive pas pour soulager. Que ce soit en film ou en spectacle, c’est bien simple : il faut de la vie, c’est tout. »

Est-ce que la relation intime qu’entretiennent vos personnages influence votre relation en tant que comédiens ?

JCF : « La complicité naît du fait qu’on vive les mêmes choses ; on n’est pas forcément d’accord sur tout, mais on est tous les deux au service d’une histoire. »

VD : « Quand on a été longtemps contraints, certaines années, de passer plus de temps tous les deux qu’avec nos compagnes respectives, on connaît les limites de l’autre. Il y a un fort respect mutuel, et on sait se mettre en retrait quand on voit qu’on fait chauffer l’autre. On a les mêmes valeurs, la même éducation, mais nous sommes très différents : Jean-Christian vient du théâtre classique, est un introverti, moi je suis plutôt “3ème mi-temps”, je viens de la musique. De là, vient cette complicité : on est complémentaires. »

Que penseraient vos personnages de l’élection présidentielle ?

JCF : « Le fils Bodin, il suit sa mère ; d’ailleurs à mon avis c’est elle qui a une procuration pour voter à sa place (rires). Non, ils sont apolitiques, ils tirent sur tout ce qui bouge… mais c’est bienveillant. »

VD : « Ils se débrouillent eux-mêmes, pas besoin des politiques. Mieux vaut remonter ses manches que baisser son froc, comme le pensent encore beaucoup d’anciens et de personnes du milieu rural. Maria dirait sûrement “la politique, c’est du cirque : on nous promet des lions, on a des chèvres à la place”. »